Lundi 27 novembre 2006
En lisant sur le blog de Dom ses articles sur l'armée, j'ai fait un bon dans le passé.Un épisode de mon service militaire a refait surface.
J'ai fait mon service d'octobre 1988 à octobre 1989. Lors de mes "3 jours", un jour et 1/2 en fait à Vincennes, j'ai été classé P3T à savoir limite P4 donc aux portes de la réforme.J'ai fait tous les test sans aucun problème mais j'ai eu droit à un entretien avec le psy. Et suite à ça il m'a classé P3T pour des raisons psychologiques. Bah je suis pas fou moi. J'ai l'air déséquilibré ? En fait j'ai eu le droit à être dans cette catégorie en raison du décès de mon père quelques années auparavant mais j'en parlerai une autre fois.
Donc je suis apte mais je suis exempté de tout (port de charges,marches...) et je ferai 1 mois de classe seulement à Châteauroux dans le matériel.
Au bout d'un mois je suis envoyé à Bitche, la petite sibérie française -20 l'hiver, l'horreur.Je n'ai jamais eu aussi froid de ma vie.Mais 15 jours après mon arrivée, le capitaine me convoque et me dit "Vous avez été chauffeur dans le civil, vous partez à l'état major de Metz." Trop content.Un mec de là-bas avait fait un tour en ville avec la voiture du Colonel donc pour lui direction Bitche.
A l'état major, nous étions 20 gars entre 18 et 24 ans. Bonne ambiance et quelques uns même de mignons surtout un d'ailleurs.Avec qui mais non c'est pas le sujet.
Donc l'ambiance est bonne, je deviens chauffeur du Colonel, je me ballade pas mal dans la région avec lui.On va de caserne en caserne et comme je suis son chauffeur, j'ai le droit au mess, les officiers sont tous sympa avec moi. Ils flippent tous que je déballe tout s'ils m'emerdent.
Et puis début mai le major me dit :" Le 7 au matin tu pars avec 1 officier et 1 sous-officier d'un autre régiment, à Polytechnique à Palaiseau.
Le 7 au matin vers 5 heures, départ pour Palaiseau. Je conduis, mes deux passagers sont à l'arrière du break 307.
On arrive à Palaiseau en fin de matinée. Ils vont à leur rendez-vous, on déjeune et hop direction Metz.
J'écoute la radio, mes deux passagers dorment.
Et puis le trou noir. Je me réveille au milieu de l'autoroute près de Verdun, j'ai mal à la tête, j'ai du sang partout. Un mec me parle en allemand, c'est un médecin qui roulait derrière moi. Je lui répond en allemand, je ne sais pas comment moi qui est toujours été nul en allemand.
Mais qu'est-ce qui c'est passé ? Qu'est-ce que je fous là moi ?
Les pompiers arrivent, les militaires aussi.
On me dit ça va aller, on me soigne, je suis dans un état second. Je demande où sont les 2 passagers car je suis seul dans la voiture.
On me dit que l'on s'occupe d'eux. Direction l'hôpital civil de Verdun. Bilan : trauma crânien, 20 points de sutures, clavicule cassée, 1 morceau de doigt coupé que l'on me recoud. On me place en réa et là je sombre, je dors. A mon réveil ma mère est là. Mon colonel aussi et les gendarmes qui veulent m'interroger pour savoir ce qui c'est passé. La responsable de la réa les jettent dehors :" Vous reviendrez plus tard. Ici c'est moi qui commande."
Puis j'entend un médecin dire : "Pour l'adjudant X c'est fini.Il a eu de la chance le petit jeune car l'autre est mort sur le coup"
Je cri, je pleure, c'est ma faute, je les ai tué.
Je me souviens de rien à part la radio, le trou noir, le réveil au milieu de l'autoroute.
On me dit que j'ai fait un malaise au volant ou que je me suis endormi étant donné le nombre de kilomètres quasiment non stop depuis 5 heures du matin. J'ai fait 50 mètres de tonneaux sur l'autoroute, j'étais aux alentours de 120 km/heure. Mes deux passagers ont été éjecté, ils dormaient et n'avaient pas la ceinture moi oui.
Après on m'a transféré à l'hôpital militaire de Metz.J'y suis resté 15 jours.Pendant ce séjour, la femme du général et du colonel m'apportaient des bouquins, mes potes venaient aussi.
Avant de partir en covalescence, mon colonel me convoque et me dit :" Le général X chef d'état major pour l'est de la France, vous met 5 jours d'arrêt suite à votre accident".Et il ajoute:" Vos 5 jours d'arrêt, j'ai décidé que vous les ferez chez vous".
Après enquête, l'armée a reconnu ses torts.A savoir, je n'aurai jamais du faire l'aller-retour dans la même journée.Un des passagers aurait du rester éveillé. Depuis cet accident, il a été décidé de mettre 2 chauffeurs lors de voyages similaires.
Après un mois passé chez moi, où j'ai récupéré psychologiquement et physiquement car quand je suis sorti de l'hôpital, je pesais 58kg pour 1m80 avec la moitié du crâne rasé à cause des points de suture, je suis retourné à Metz pour finir mon service. J'ai même eu le droit à une promo, chauffeur du Général.
Le sentiment du culpabilité je l'ai eu longtemps. Je pensais à ces 2 hommes, à leur famille. A un moment j'avais envie d'aller voir leur femmes, m'excuser...
Quand je vois un accident sur la route, certaines images me reviennent parfois.Et quand je fais un long trajet, je m'arrête toutes les 2 ou 3 heures.Mais ils sont là, ils seront toujours là dans un coin de ma tête.

Vos bla-bla